« 27 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 251-252 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2378, page consultée le 24 janvier 2026.
27 juillet [1846], lundi soir, 5 h. ¾
Cher adoré, te voilà déjà parti et Dieu sait quand tu reviendras. Je fais pourtant
tout ce que je peux pour que mon amour ne te dérange pas. Je te regarde à la dérobée,
je te souris quand tu ne me vois pas, je mets mon regard et mon âme partout où je
voudrais mettre mes baisers : dans tes cheveux, sur ton front, sur tes yeux, sur tes
lèvres, partout où les caresses ont un libre accès. Je mets des sourdines à mon
adoration pour ne pas troubler tes pensées. Je me fais âme le plus que je peux pour
que ma présence ne te gêne pas, et malgré toutes ces précautions, c’est à grand peine
que je parviens à te retenir une heure ou deux auprès de moi. Cependant, je ne veux
pas me plaindre aujourd’hui, car je t’ai eu un peu plus longtemps que je n’avais osé
l’espérer. Je t’en remercie et j’en remercie le bon Dieu du fond du cœur. Je voudrais
être à ce soir pour t’en remercier de toutes mes forces et avec des millions de
baisers.
Quand donc me ferez-vous sortir mon Toto ? Il y a bien longtemps que
cela vous est arrivé. Si vous étiez bien gentil, vous viendriez me chercher ce soir
(avant minuit), pour me faire marcher un peu. Je sens que j’en ai bien besoin pour
ma
tête. Cependant, je n’y compte pas car je sais combien ton temps est disputé par
toutes gens et toute chose, sans parler des ami…es. Je me résigne à vous attendre
dans
mon pauvre coin en murmurant contre tout ce qui vous retient loin de moi. C’est bien
le moins que je puisse faire, puisque vous ne me permettez pas autre chose.
Cher
petit bien-aimé, j’ai le cœur gros. Dès que tu es parti, je sens que j’ai une plaie
saignante au cœur et dont je souffre horriblement. Quand tu es là, je ne sens plus
rien que le bonheur de te voir. Hélas ! que n’es-tu toujours avec moi, ma vie ne
serait pas aussi triste et aussi douloureuse qu’elle l’est à de certains moments.
Cependant, je t’aime plus que jamais.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
